Retraite · Méthode
Combien vous manquera-t-il chaque mois une fois retraité ? La plupart des épargnants répondent au jugé. Or trois calculs simples suffisent pour obtenir un chiffre fiable, puis le capital à constituer. Voici la méthode, appliquée à un cas concret.
Pourquoi raisonner en déficit, et non en taux
On lit souvent qu’une pension représente 50 % à 75 % du dernier salaire. Certes, ce repère aide à prendre conscience de l’écart. En revanche, il ne dit rien de votre besoin réel.
Car votre train de vie ne dépend pas de votre salaire. En réalité, il se règle sur vos dépenses. Un cadre sans crédit peut vivre confortablement avec 55 % de ses revenus d’actif, quand un autre, encore locataire, manquera d’argent à 75 %.
Le déficit se définit donc simplement : le budget visé, moins la pension nette. Pour mesurer l’écart de taux, notre article sur le taux de remplacement détaille les statistiques. Ici, place à la méthode.
Étape 1 : estimer votre pension nette, pas brute
Récupérer une estimation officielle
Premier réflexe : ouvrir votre compte sur info-retraite.fr. Le service « Mon estimation retraite » calcule un montant mensuel selon plusieurs âges de départ, tous régimes confondus. Mis à jour en 2026, il intègre la suspension du relèvement de l’âge légal.
Au passage, vérifiez aussi votre relevé de carrière. Un trimestre oublié fausse toute la suite du calcul.
Passer du brut au net
Attention, le simulateur affiche un montant brut. Or une pension supporte jusqu’à 9,1 % de prélèvements sociaux, selon votre revenu fiscal de référence. S’y ajoute 1 % de cotisation maladie sur la retraite complémentaire.
Ensuite, l’impôt sur le revenu s’applique, avec un abattement de 10 % plafonné. Pour l’estimer, repartez de votre taux de prélèvement actuel, puis ajustez-le à la baisse si vos revenus diminuent fortement.
Tenir compte de l’indexation
Enfin, retenez qu’une pension suit l’inflation seulement en principe. En 2026, la revalorisation du régime de base s’est limitée à 0,9 %. Par prudence, prévoyez donc une légère érosion du pouvoir d’achat sur la durée.
Étape 2 : chiffrer le budget que vous visez
Deuxième étape, la plus négligée : estimer vos dépenses futures. Concrètement, le point de départ reste votre budget actuel, relevé sur douze mois de comptes bancaires.
Les postes qui baissent
- Les frais liés au travail. Transports, repas, tenue : ils disparaissent en grande partie.
- Le crédit immobilier. S’il se termine avant le départ, votre budget s’allège d’autant.
- L’épargne retraite elle-même. Vous cessez d’épargner pour ce projet, par définition.
Les postes qui montent
- La couverture médicale. La complémentaire santé coûte plus cher avec l’âge, surtout sans contrat collectif d’entreprise.
- Les loisirs et les voyages. Les premières années de retraite sont souvent les plus dépensières.
- L’aide aux proches. Enfants, petits-enfants ou parents âgés peuvent peser sur le budget.
Les dépenses ponctuelles
Pensez aussi aux dépenses exceptionnelles : voiture à remplacer, toiture, adaptation du logement. Lissez-les ensuite sur l’année. De même, gardez en tête le risque de dépendance en fin de vie, dont le coût dépasse souvent la pension.
Étape 3 : convertir le déficit en capital
Troisième étape : transformer un manque mensuel en somme à réunir. Pour cela, deux paramètres comptent, la durée à financer et le rendement de votre épargne.
Choisir un horizon prudent
En 2025, l’espérance de vie à 60 ans atteignait 27,9 ans pour les femmes et 23,9 ans pour les hommes, selon l’Insee. Toutefois, une moyenne ne protège personne : beaucoup de retraités vivent bien plus longtemps. Viser 90 ans, voire au-delà, reste donc raisonnable.
Raisonner en euros d’aujourd’hui
Astuce de calcul : exprimez tout en euros constants. Vous retenez alors un rendement net de l’inflation. Ainsi, un placement à 3 % par an, avec des prix en hausse de 2 %, rapporte 1 % en termes réels.
Le cas chiffré de Valérie
Exemple purement hypothétique, construit à des fins pédagogiques. Il ne constitue pas un conseil personnalisé.
La situation
Valérie, 55 ans, cadre, vit seule et vise un départ à 64 ans. Elle perçoit 4 100 € nets par mois après impôt et dépense aujourd’hui 3 600 €. Son crédit immobilier, soit 900 € mensuels, s’achève dans six ans.
Par ailleurs, elle détient déjà 90 000 € sur un contrat d’assurance-vie. Dès lors, la question est simple : combien doit-elle épargner d’ici son départ ?
Le calcul pas à pas
| Pension brute (base 1 700 € + complémentaire 900 €) | 2 600 € |
| Prélèvements sociaux (9,1 % + 1 % sur la complémentaire) | − 246 € |
| Impôt sur le revenu (taux de 7 % retenu) | − 165 € |
| Pension nette après impôt | 2 190 € / mois |
| Budget actuel | 3 600 € |
| Fin des frais liés au travail | − 250 € |
| Fin du crédit immobilier | − 900 € |
| Hausse de la complémentaire santé | + 120 € |
| Loisirs et voyages | + 300 € |
| Budget mensuel visé | 2 870 € |
Du déficit au capital
| Déficit mensuel (2 870 − 2 190) | 680 € |
| Déficit annuel | 8 160 € |
| Capital nécessaire à 64 ans (28 ans, 1 % réel) | 198 400 € |
| Épargne actuelle projetée à 64 ans | − 98 400 € |
| Capital restant à constituer | 100 000 € |
| Effort d’épargne sur 9 ans | 885 € / mois |
Ce que le calcul révèle
Aujourd’hui, Valérie épargne 500 € par mois. Il lui manque donc près de 400 € d’effort mensuel. Pour autant, rien n’est figé : trois leviers existent.
| Budget de 2 870 € | 885 € |
| Budget de 2 670 € | 369 € |
Ainsi, réduire son budget cible de 200 € divise l’effort par plus de deux. Chaque euro de dépense retiré compte en effet 28 ans de suite.
Trois leviers pour combler l’écart
- Ajuster le budget visé. Comme le montre le cas de Valérie, c’est le levier le plus puissant, et le moins coûteux.
- Décaler le départ. Une année d’activité en plus augmente la pension, allonge la durée d’épargne et raccourcit la période à financer.
- Optimiser le rendement et la fiscalité. Un plan d’épargne retraite réduit l’impôt pendant l’activité. Un contrat d’assurance-vie de plus de huit ans allège la fiscalité des retraits.
Bien sûr, ces leviers se combinent. Toutefois, le bon dosage dépend de votre âge, de votre tranche d’imposition et de votre tolérance au risque. Refaites d’ailleurs ce calcul tous les deux ou trois ans : chaque nouvelle simulation affine le résultat.
Pour lancer votre propre calcul, rendez-vous sur le service Mon estimation retraite d’info-retraite.fr.
Une estimation de pension reste indicative. Les règles de calcul, l’âge légal et la revalorisation peuvent évoluer d’ici votre départ.
De même, le rendement retenu n’a rien de garanti. Les supports dynamiques présentent un risque de perte en capital, surtout sur des horizons courts.
Enfin, ce calcul ignore la fiscalité des retraits et le coût d’une éventuelle dépendance. Gardez donc une marge de sécurité.
À qui s’adresse cette méthode ?
Pension estimée, budget cible, capital à réunir : faisons le calcul ensemble, à partir de vos chiffres.
Questions fréquentes
Comment connaître le montant de sa future retraite ?
+
Le service Mon estimation retraite, accessible depuis votre compte sur info-retraite.fr, estime le montant mensuel de votre pension selon plusieurs âges de départ, tous régimes confondus. Le chiffre affiché est brut : il faut encore retirer les prélèvements sociaux et l’impôt sur le revenu.
Quel pourcentage de son salaire faut-il viser à la retraite ?
+
Aucun pourcentage ne convient à tout le monde. Mieux vaut donc partir de votre budget réel, en retirant les dépenses qui disparaissent à la retraite et en ajoutant celles qui augmentent. Le déficit correspond ensuite à l’écart entre ce budget et votre pension nette.
Sur combien d’années faut-il calculer le capital nécessaire ?
+
L’espérance de vie à 60 ans atteignait 27,9 ans pour les femmes et 23,9 ans pour les hommes en 2025, selon l’Insee. Comme il s’agit d’une moyenne, viser un horizon de 90 ans ou plus reste prudent.
Faut-il tenir compte de l’inflation ?
+
Oui. La méthode la plus simple consiste à tout exprimer en euros d’aujourd’hui et à retenir un rendement net de l’inflation. Un placement à 3 % par an, avec des prix en hausse de 2 %, rapporte ainsi environ 1 % en termes réels.
Comment réduire l’effort d’épargne nécessaire ?
+
Trois leviers existent : ajuster le budget visé, décaler l’âge de départ et optimiser le rendement comme la fiscalité de l’épargne. Réduire le budget cible reste souvent le plus efficace, car chaque euro économisé l’est sur toute la durée de la retraite.
Sources
- Insee, espérance de vie à divers âges, données 2025, et Bilan démographique 2025.
- Service-public.gouv.fr, actualité du 5 février 2026 sur le simulateur Mon estimation retraite, disponible sur info-retraite.fr.
- Barème 2026 de la CSG, de la CRDS et de la CASA sur les pensions.
- Assurance retraite, revalorisation du 1er janvier 2026.
Cet article a une vocation purement informative et pédagogique. Il ne constitue ni un conseil en investissement personnalisé, ni une consultation fiscale ou juridique. Les exemples chiffrés sont hypothétiques. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Tout placement en unités de compte ou en supports immobiliers comporte un risque de perte en capital et un risque de liquidité. Toute souscription suppose la remise préalable et la lecture de la documentation réglementaire. La fiscalité dépend de la situation de chacun et peut évoluer.
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