Les compagnies d’assurance rivalisent d’ingéniosité pour doper la rémunération des fonds en euros et gonfler leur collecte. Désormais, certains contrats affichent des performances frôlant les 5 %, marquant un tournant pour l’épargne garantie.
Dernièrement, l’Afer a donné le ton. La principale association d’épargnants annonce un taux de 2,65 % pour l’année 2025, soit une hausse de 0,14 point par rapport à l’exercice précédent. Bien que ce chiffre ne soit pas le plus élevé du marché, son président, Gérard Beckerman, salue une dynamique positive et un retour à meilleure fortune.
aD’une manière générale, cette annonce confirme une tendance de fond : les fonds en euros redeviennent attractifs. Cyrille Chartier-Kastler, fondateur de Good Value For Money, estime que les taux moyens se situeront entre 2,65 % et 2,70 %. Une fois l’inflation déduite (environ 1 %), les épargnants retrouvent un pouvoir d’achat réel sur leur épargne, une situation inédite depuis 2016.
Par ailleurs, les contrats d’élite franchissent allègrement la barre des 3 %, voire des 4 %. À titre d’exemple :
Corum Life grimpe à 4,10 %.
UMR atteint 4 %.
La Carac progresse jusqu’à 3,55 %.
Pour aller plus loin, les assureurs activent des mécanismes de bonus pour attirer de nouveaux capitaux. Grâce à ces offres promotionnelles, les rendements réels pourraient toucher les 4,50 % ou 5 % en 2026. Gilles Belloir, directeur général de Placement-direct, encourage d’ailleurs les clients à « faire leur marché » dès maintenant pour profiter de cette concurrence féroce.
Concrètement, Milleis offre un boost de 2,25 % sur ses nouveaux versements. De son côté, l’italien Generali abonde sa rémunération de 1 à 1,5 % pour les cotisations versées avant le 30 juin. La mutuelle Carac propose également un complément de 1 % sur les dépôts de 2026. Même les grands réseaux bancaires comme la Société Générale (Sogecap) ou Axa s’alignent avec des offres globales dépassant les 4,6 %.
En conséquence, les ménages délaissent le Livret A, dont le taux devrait chuter à 1,5 % en février. De la même manière, les comptes à terme perdent de leur superbe auprès du public. Les Français, qui épargnent toujours massivement (18,4 % de leurs revenus), privilégient désormais la sécurité rémunératrice des fonds en euros.
De fait, les chiffres parlent d’eux-mêmes : la collecte nette totale de l’assurance vie atteint 49,4 milliards d’euros sur les onze premiers mois de l’année. Fait marquant, les épargnants reviennent massivement sur les fonds en euros en 2025, y investissant 10 milliards d’euros nets, après les avoir boudés pendant des années.
Si les assureurs se montrent aussi généreux, c’est parce que la conjoncture les favorise. Guillaume Leroy, du cabinet Prim’act, souligne que la remontée des taux d’intérêt à long terme (l’OAT française tourne autour de 3,5 %) permet aux compagnies de réinvestir l’épargne sur des supports bien plus rentables. En outre, les performances boursières permettent de dégager des plus-values sur la part investie en actions.
Enfin, l’assurance vie conserve son statut d’exception. Contrairement aux PEA ou aux comptes titres qui subiront une hausse de la fiscalité à 31,4 %, l’assurance vie échappe à l’augmentation de la CSG votée l’an dernier. Parallèlement, les assureurs puisent dans leurs réserves accumulées (le matelas de précaution) pour garantir des taux compétitifs et conquérir de nouvelles parts de marché.