Le bitcoin est sur toutes les lèvres. Il est de plus en plus difficile d’en dire du mal. Aux Etats-Unis, un ancien président a décidé de gagner quelques milliards de dollars en vendant un cryptoactif à son effigie. Pour paraphraser Philippe Crevel, qui dirige le Cercle de l’épargne, le virtuel semble avoir pris le pas sur le réel…

Depuis l’élection d’un certain président, le bitcoin a gagné près de 50 %. Les résistants aux cryptoactifs apparaissent de plus en plus comme des dinosaures d’une époque révolue. Dans une période marquée par les incertitudes économiques et politiques, le bitcoin s’est mué en valeur refuge et surtout en moyen de faire fortune sans travailler. Ne pas avoir de bitcoins dans son patrimoine devient un contresens. Pourquoi se priver d’un actif bien plus performant que le Livret A, les fonds en euros de l’assurance-vie ou les actions ?

L’engouement des milliardaires, comme Elon Musk, et d’un ancien président américain, qui a affirmé vouloir faire des Etats-Unis la plateforme mondiale des cryptoactifs, lève les dernières hypothèques. Lors de son investiture, ce dernier a lancé un cryptoactif à son effigie, son gendre lançant une plateforme en ligne pour en assurer la commercialisation. Au point que la question n’est plus de savoir s’il faut posséder ou non des bitcoins, mais combien en détenir même si, dans les faits, cet engouement reste encore limité à une partie de la population. En France, 10 % des épargnants détiendraient des cryptoactifs. Ce taux serait de 20 % aux Etats-Unis. Les jeunes de moins de 35 ans sont de plus en plus nombreux à plébisciter ce type d’actifs.

Déconnecté de la réalité

Créé en 2008 par une personne ou un groupe de personnes sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto, le bitcoin visait à instituer un système alternatif, décentralisé et pair à pair afin d’échanger de la valeur monétaire en s’affranchissant de tout organisme tiers tel que les institutions financières. Entendant concurrencer les monnaies traditionnelles jugées corrompues par les pratiques des gouvernements, le bitcoin a, dès ses premiers jours, fait le bonheur des spéculateurs et des milliardaires en goguette. Le bitcoin, il ne faut pas l’oublier, ne génère aucun intérêt, aucun dividende, les gains ne sont que le produit d’une demande plus importante que l’offre. Son caractère digital lui offre une once de modernité.

Cependant, il est complètement déconnecté des réalités économiques, tout comme pouvait l’être l’or, et s’apparente ainsi aux vieilles reliques du passé. La création des bitcoins ne dépend pas de la croissance, mais d’un algorithme dont l’exploitation nécessite une quantité astronomique d’énergie. Les mineurs de bitcoins se trouvent ainsi bien souvent dans des pays où le coût de l’énergie est faible, notamment en Russie ou en Corée du Nord. La vertu des premiers jours semble bien loin. Les acheteurs de bitcoins connaissent-ils ceux et celles qu’ils enrichissent ? Certainement pas !

Le bitcoin prouve que l’appréciation du risque et de la morale est une notion à géométrie variable. En France, les marchés financiers sont souvent conspués, les actions jugées comme des actifs à risque font l’objet d’une défiance largement partagée. En revanche, le bitcoin, qui ne génère aucun intérêt ni dividende, dont le cours est erratique et qui ne repose sur aucun cycle productif, est encensé sur les réseaux sociaux et même, désormais, par les canaux de communication plus traditionnels.

Une vision… particulière et à l’opposé de la finance durable et des critères ESG

Le bitcoin a-t-il vocation à se substituer aux monnaies traditionnelles ? Par son entremise, certains rêvent d’un retour aux monnaies privées, avec comme objectif, dans un jeu de destruction globale, de mettre un terme aux banques centrales, un des piliers des nations, aux côtés de l’armée et de l’impôt. Le bitcoin ne répond pas aux conditions pour être une monnaie. Sa volatilité le rend impropre à jouer un rôle d’étalon monétaire et de réserve. De même, son utilisation est malaisée pour les échanges. Avec le plafonnement des émissions,le cours du bitcoin ne peut qu’augmenter. Comment gérer au quotidien une masse monétaire qui serait bornée ? En tant que monnaie, le bitcoin accroît la fortune des puissants tout en condamnant l’économie à la décroissance. Non régulé, le bitcoin est ouvert à toutes les manipulations de cours. Les simples achats ou ventes de quelques milliardaires suffisent à provoquer des variations à deux chiffres.

La récente conversion d’un ancien président américain aux cryptoactifs ne serait pas sans lien avec les relations tumultueuses qu’il entretenait avec la Réserve fédérale. S’il est devenu un adepte inconditionnel des cryptoactifs, il reste opposé au projet de monnaies digitales de banques centrales accusées de donner à ces dernières un pouvoir de contrôle sur tous les acteurs économiques. Avec quinze années d’existence, le bitcoin a prouvé sa capacité à traverser les cycles économiques mieux que les bulbes de tulipe qui, en 1637, avaient également donné lieu à une spéculation aux Pays-Bas, au point de créer une grande crise financière.

La volonté d’un ancien président américain d’institutionnaliser les cryptoactifs en les intégrant comme valeurs de réserve de la Banque centrale soulève de nombreuses interrogations. S’agit-il du caprice d’un président milliardaire ou de la volonté de renverser les bases de la création monétaire en gageant le dollar sur la valeur du bitcoin ? L’Union européenne ne peut pas rester inerte face à ce risque qui pourrait donner lieu à l’application de la loi de Gresham : « la mauvaise monnaie chasse la bonne ». Lorsque deux monnaies sont en concurrence, c’est toujours la moins vertueuse qui l’emporte. La victoire du bitcoin signifierait la perte de toute indépendance monétaire et la mise sous tutelle du système financier par des acteurs extérieurs à la zone euro. La monnaie est une affaire trop sérieuse pour être confiée à des milliardaires du numérique !

Cet article est rédigé à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Investir comporte des risques, notamment de perte en capital. Pour toute question ou accompagnement sur mesure, nous vous invitons à prendre contact avec l’équipe d’Aeternia. 

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