Acheter sa résidence principale ou continuer à investir

Aeternia Patrimoine

Stratégie patrimoniale

La question revient à chaque rendez-vous. Faut-il mobiliser son apport dans un achat, ou continuer à placer et rester locataire ? La réponse ne relève pas d’une croyance. Elle dépend d’une durée, d’un coût d’entrée et d’une capacité d’emprunt. Voici comment trancher méthodiquement.

Remise de clés lors d'un achat immobilier
Acheter ou investir relève d’un arbitrage chiffré, non d’un principe.

Une question de calendrier, pas de dogme

« On jette de l’argent par les fenêtres en louant. » Cette phrase circule beaucoup, pourtant elle ignore un point simple. Un achat génère lui aussi des dépenses définitivement perdues : intérêts, frais d’acquisition, taxe foncière, charges de copropriété, entretien.

La vraie question porte donc sur la durée. Combien de temps resterez-vous dans ce logement ? En dessous de cinq ou six ans, les frais d’entrée pèsent lourd. Au-delà de dix ans, en revanche, l’équation s’inverse presque toujours.

Point clé. Un achat immobilier ne se juge pas sur la mensualité, mais sur le coût total de détention rapporté à la durée réelle d’occupation.

Le coût d’entrée, premier élément du calcul

Acheter coûte cher avant même d’habiter. En 2026, les frais dits de notaire atteignent 7 % à 8,5 % du prix dans l’ancien, selon le département. En effet, de nombreux conseils départementaux ont relevé leurs droits de mutation, tout en pouvant exonérer les primo-accédants.

Ancien ou neuf, un écart considérable

Logement ancien : 7 % à 8,5 % du prix

Logement neuf : 2 % à 3 % du prix

À ces droits s’ajoutent la garantie du prêt, les frais de dossier, parfois la commission d’agence, puis les travaux. Additionnez tout, car ce total conditionne la durée à partir de laquelle l’opération devient favorable.

Coût d’entrée sur un achat ancien à 300 000 €

Droits et frais d’acquisition, à 8 % 24 000 €
Garantie du prêt et frais de dossier 3 500 €
Travaux et emménagement 10 000 €
Montant à amortir avant de gagner 37 500 €

Exemple hypothétique, fourni à titre pédagogique. Les montants varient selon le département, le bien et l’établissement prêteur.

Ce que l’achat apporte réellement

Une fois ce coût accepté, l’achat offre des avantages qu’aucun placement ne reproduit. Ils tiennent surtout au crédit et au statut du bien.

  • L’effet de levier. La banque finance un actif que vous ne pourriez pas acheter comptant. Aucun autre support ne bénéficie d’un crédit aussi long et aussi peu coûteux.
  • L’épargne contrainte. Chaque mensualité reconstitue du capital, sans arbitrage ni tentation de renoncer.
  • Un budget sécurisé à la retraite. Un crédit se termine, tandis qu’un loyer se révise chaque année.
  • Une plus-value exonérée. La revente de la résidence principale échappe à l’impôt sur la plus-value, quelle que soit la durée de détention.

Ajoutons un point de contexte. Le taux moyen des crédits immobiliers s’établit à 3,31 % en août 2026, selon l’Observatoire Crédit Logement/CSA. Par ailleurs, le prêt à taux zéro couvre de nouveau tout le territoire dans le neuf depuis avril 2025, maisons individuelles comprises.

Ce que continuer à investir apporte de son côté

Rester locataire n’a rien d’un échec, à une condition : placer réellement la différence. Sinon, l’argument tombe. Cette stratégie offre alors trois atouts distincts.

  • La mobilité. Un préavis dure quelques mois, alors qu’une revente immobilise du temps et de l’argent.
  • La diversification. Une résidence principale concentre le patrimoine sur un bien, une rue et une ville. Un portefeuille, lui, se répartit sur plusieurs classes d’actifs.
  • Le rendement immobilier sans la gestion. À titre d’illustration, les SCPI ont distribué en moyenne 4,91 % en 2025 selon l’ASPIM. Ce chiffre reste une moyenne passée, non une promesse.

!Les limites à connaître

Les placements financiers et la pierre-papier ne garantissent ni le capital, ni le revenu. Leur valeur fluctue, et la liquidité peut se réduire fortement selon les conditions de marché. Les performances passées ne préjugent donc pas des performances futures.

Côté locataire, le risque tient au loyer lui-même. Il progresse avec le temps, alors qu’une mensualité à taux fixe reste stable jusqu’au terme.

Immeubles urbains, illustration d'un arbitrage entre achat et placement
Concentrer son patrimoine sur un seul bien reste un choix, jamais une évidence.

Les quatre paramètres qui tranchent

Nous ramenons toujours la décision à quatre variables. Prises ensemble, elles donnent une réponse claire dans la grande majorité des dossiers.

  • La durée d’occupation prévue. C’est le paramètre dominant. Moins de six ans, l’achat se justifie rarement.
  • L’écart entre loyer et mensualité. Comparez la mensualité, la taxe foncière et les charges au loyer actuel. Un écart important change la trajectoire.
  • La capacité d’emprunt restante. Le taux d’effort reste plafonné à 35 % des revenus, assurance comprise, sur 25 ans au maximum. Un achat consomme donc une ressource limitée.
  • La stabilité professionnelle et familiale. Une mutation probable, une création d’entreprise ou une séparation en cours pèsent davantage qu’un dixième de point de taux.

Quand continuer à investir garde clairement la main

Certaines situations penchent nettement d’un côté. Les voici, telles que nous les rencontrons.

  • Une mobilité forte. Carrière en construction, mutations régulières ou projet d’expatriation appellent la prudence.
  • Un logement de fonction ou un loyer très inférieur au marché. L’écart avec une mensualité devient alors difficile à combler.
  • Un apport encore modeste. Acheter sans couvrir les frais d’acquisition fragilise le montage dès le premier imprévu.
  • Un projet professionnel à financer. Mieux vaut préserver sa trésorerie et sa capacité d’emprunt.

La voie médiane, souvent la plus réaliste

Entre les deux, une troisième option existe. Elle consiste à rester locataire de son logement, puis à investir dans l’immobilier locatif ou la pierre-papier. Autrement dit, vous devenez propriétaire ailleurs, tout en gardant votre souplesse de résidence.

Attention cependant, cette voie consomme elle aussi de la capacité d’emprunt. Elle demande donc un chiffrage précis avant de s’engager, surtout si un achat de résidence principale reste envisagé dans quelques années.

Pour qui cet arbitrage mérite un vrai chiffrage

  • Les cadres mobiles, dont l’horizon dans la ville actuelle reste incertain.
  • Les couples disposant d’un apport significatif, mais hésitant sur son emploi.
  • Les travailleurs non salariés et les dirigeants, dont les revenus varient d’une année sur l’autre.
  • Les futurs retraités, qui veulent supprimer le loyer avant la baisse de revenus.

Acheter maintenant, ou placer et attendre ?

Nous chiffrons les deux scénarios sur votre horizon réel, puis nous comparons le patrimoine net obtenu.

Prendre rendez-vous

Questions fréquentes

À partir de combien d’années un achat devient-il pertinent ?

+

Aucune règle universelle n’existe. En pratique, il faut amortir les frais d’entrée, souvent proches de 8 % du prix dans l’ancien. Selon l’écart entre loyer et mensualité, le point d’équilibre se situe fréquemment entre six et dix ans.

Faut-il attendre une baisse des prix ou des taux ?

+

Personne ne connaît la trajectoire des prix ni celle des taux. En revanche, un taux se renégocie ou se rachète plus tard, alors qu’un prix d’achat reste définitif. Raisonnez donc d’abord sur le prix et sur votre horizon.

Vaut-il mieux garder son apport pour investir ?

+

Tout dépend de votre projet de vie. Un apport mobilisé dans une résidence principale devient peu liquide. À l’inverse, un apport placé conserve sa souplesse, mais il subit les fluctuations de marché. Conservez dans tous les cas une épargne de précaution disponible.

Peut-on acheter un bien locatif tout en restant locataire ?

+

Oui, et cette approche séduit les profils mobiles. Les banques financent ce type d’opération, puisqu’elles retiennent une partie des loyers attendus. Néanmoins, l’endettement engagé réduira votre capacité pour un futur achat de résidence principale.

La résidence principale est-elle vraiment un investissement ?

+

Elle constitue surtout un bien d’usage. Elle ne produit aucun revenu, et sa revente suppose de se reloger. Elle reste toutefois un actif patrimonial, dont la plus-value échappe à l’impôt. Considérez-la donc comme un socle, non comme un moteur de rendement.

Sources

  • Observatoire Crédit Logement / CSA, taux moyen des crédits immobiliers, août 2026.
  • impots.gouv.fr, taux des droits de mutation à titre onéreux applicables en 2026.
  • service-public.gouv.fr et economie.gouv.fr, fiches prêt à taux zéro.
  • ASPIM et IEIF, communiqué du 10 février 2026, taux de distribution moyen des SCPI en 2025.

Aeternia Patrimoine, conseiller en investissements financiers (CIF) enregistré à l’ORIAS sous le numéro 19000750, membre de la CNCGP, association agréée par l’Autorité des marchés financiers. Courtier en assurance et intermédiaire en opérations de banque et services de paiement. Activité de transaction sur immeubles et fonds de commerce. Cet article présente une information générale à caractère pédagogique. Il ne constitue ni un conseil en investissement personnalisé, ni une recommandation, ni une incitation à souscrire. Les placements évoqués comportent un risque de perte en capital, un risque de liquidité et un rendement non garanti. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Un crédit vous engage et doit être remboursé. Vérifiez vos capacités de remboursement avant de vous engager. Le traitement fiscal dépend de la situation individuelle de chacun et reste susceptible d’évoluer. Taux et barèmes indiqués à jour au 10 septembre 2026. Avant toute décision, un bilan patrimonial personnalisé demeure nécessaire.

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