Assurance-vie · Fiscalité des rachats
Huit ans. C’est le cap que tout épargnant attend sur son contrat. Pourtant, peu savent ce qu’il change vraiment au moment d’un retrait. Abattement annuel, taux de 7,5 %, prélèvements sociaux : voici la mécanique complète, puis un cas chiffré pas à pas.
Pourquoi le cap des 8 ans change la donne
Le contrat d’assurance-vie ne se bloque jamais. Vous pouvez retirer vos fonds à tout moment. En revanche, la fiscalité d’un retrait, que l’on appelle rachat, dépend de l’âge du contrat.
Avant huit ans, les gains retirés supportent le prélèvement forfaitaire de 30 %. Au-delà, deux avantages apparaissent : un abattement annuel et un taux réduit. Autrement dit, le même retrait coûte nettement moins cher.
La date qui compte
Contrairement à une idée répandue, chaque versement ne relance pas un compteur. Seule la date d’ouverture du contrat fixe le point de départ. Ainsi, un versement effectué l’an dernier sur un contrat de 2015 profite déjà du régime des huit ans.
C’est d’ailleurs pour cette raison que beaucoup de conseillers recommandent d’ouvrir un contrat tôt, même avec un petit montant. Vous prenez date sans rien bloquer.
Ce qui ne change pas
Attention toutefois : l’avantage porte uniquement sur l’impôt sur le revenu. Les prélèvements sociaux, eux, restent dus au même taux, quelle que soit l’ancienneté.
Seul le gain est imposé, jamais le capital
Premier principe à retenir : un rachat ne déclenche aucun impôt sur l’argent que vous avez versé. Seule la part de gains contenue dans le retrait entre dans le calcul.
Concrètement, chaque euro retiré mélange du capital et des intérêts, dans la même proportion que le contrat entier. L’assureur applique donc une règle de trois simple.
Prenons un contrat de 100 000 € alimenté par 80 000 € de versements. Les gains représentent 20 % de sa valeur. Par conséquent, sur un retrait de 10 000 €, seuls 2 000 € constituent un revenu imposable.
Cette logique explique un constat souvent mal compris. Un retrait important peut ne générer qu’un gain modeste, et donc un impôt faible, voire nul.
Les trois étages de l’imposition après 8 ans
Une fois la part de gains isolée, trois mécanismes s’appliquent successivement. Voyons-les dans l’ordre du calcul.
Premier étage : l’abattement annuel
Chaque année civile, les gains retirés bénéficient d’un abattement de 4 600 € pour une personne seule. Pour un couple marié ou pacsé soumis à imposition commune, il atteint 9 200 €.
Deux précisions comptent. Cet abattement couvre l’ensemble de vos contrats, et non chacun d’eux. En outre, il ne se reporte pas : une année sans retrait le perd définitivement.
Deuxième étage : 7,5 % ou 12,8 %
Au-delà de l’abattement, les gains issus de versements réalisés depuis le 27 septembre 2017 supportent un taux de 7,5 %. Cette règle vaut tant que vos versements restants, tous contrats confondus, ne dépassent pas 150 000 €.
Au-dessus de ce seuil, une fraction des gains passe à 12,8 %. Nous y revenons plus bas avec un second exemple.
Troisième étage : les prélèvements sociaux
Enfin, les gains supportent 17,2 % de prélèvements sociaux. Bonne nouvelle : la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 a épargné l’assurance-vie. Ailleurs, le taux est passé à 18,6 %.
Sur le fonds en euros, ces prélèvements tombent chaque 31 décembre. Sur les unités de compte, en revanche, ils ne s’appliquent qu’au rachat.
| Gains issus de versements depuis le 27/09/2017 | Contrat de moins de 8 ans | Contrat de plus de 8 ans |
|---|---|---|
| Abattement annuel | Aucun | 4 600 € (seul) ou 9 200 € (couple) |
| Impôt sur le revenu | 12,8 % | 7,5 % jusqu’à 150 000 € de versements, puis 12,8 % |
| Prélèvements sociaux | 17,2 % | 17,2 % |
| Option pour le barème | Possible, globale | Possible, globale |
Le cas chiffré d’Hélène, pas à pas
Exemple purement hypothétique, construit à des fins pédagogiques. Il ne constitue pas un conseil personnalisé.
La situation de départ
Hélène, 63 ans, vit seule. En avril 2018, elle a ouvert un contrat investi en unités de compte. Elle y a versé 120 000 € au total, et son épargne vaut aujourd’hui 150 000 €.
Son contrat affiche donc 30 000 € de gains, soit 20 % de sa valeur. Hélène souhaite financer des travaux et hésite entre deux montants.
Scénario 1 : un retrait de 20 000 €
| Part de gains (20 000 × 20 %) | 4 000 € |
| Abattement disponible | 4 600 € |
| Gain imposable à l’impôt sur le revenu | 0 € |
| Impôt sur le revenu | 0 € |
| Prélèvements sociaux (4 000 × 17,2 %) | 688 € |
| Coût fiscal total | 688 € |
Ici, l’abattement absorbe tout le gain. Hélène ne paie donc aucun impôt sur le revenu. Seuls les prélèvements sociaux subsistent.
Scénario 2 : un retrait de 40 000 €
| Part de gains (40 000 × 20 %) | 8 000 € |
| Abattement | − 4 600 € |
| Gain imposable | 3 400 € |
| Impôt sur le revenu (3 400 × 7,5 %) | 255 € |
| Prélèvements sociaux (8 000 × 17,2 %) | 1 376 € |
| Coût fiscal total | 1 631 € |
Cette fois, l’abattement ne suffit plus. Le surplus de 3 400 € supporte 7,5 %. Malgré tout, la facture reste contenue.
Pour mesurer l’avantage, comparons avec un contrat de moins de huit ans. Le même retrait aurait coûté 1 024 € d’impôt, plus 1 376 € de prélèvements sociaux.
| Contrat de moins de 8 ans | 2 400 € |
| Contrat de plus de 8 ans, retrait unique | 1 631 € |
| Contrat de plus de 8 ans, retrait étalé sur deux ans | 1 376 € |
Scénario 3 : étaler le retrait sur deux ans
Et si Hélène découpait son projet ? Elle retire 20 000 € en 2026, puis 20 000 € en janvier 2027. Chaque retrait contient 4 000 € de gains, sous l’abattement de l’année.
Résultat : zéro impôt sur le revenu, deux fois de suite. L’économie atteint 255 €. Modeste ici, elle grandit vite avec la taille des retraits.
Au-delà de 150 000 € de versements : le cas de Paul
Exemple hypothétique, à visée pédagogique.
Paul, célibataire, a versé 250 000 € depuis 2018. Son contrat vaut 312 500 €, soit toujours 20 % de gains. Il retire 50 000 €, qui contiennent 10 000 € de gains.
Comme ses versements dépassent 150 000 €, l’administration découpe ses gains au prorata. Seuls 150 000 sur 250 000, soit 60 %, gardent le taux de 7,5 %.
| Gains à 7,5 % (60 %) | 6 000 € |
| Gains à 12,8 % (40 %) | 4 000 € |
| Abattement, imputé d’abord sur la part à 7,5 % | − 4 600 € |
| Impôt : 1 400 × 7,5 % + 4 000 × 12,8 % | 617 € |
| Prélèvements sociaux (10 000 × 17,2 %) | 1 720 € |
| Coût fiscal total | 2 337 € |
Notez un détail utile : le seuil s’apprécie sur les versements non remboursés au 31 décembre précédent. Chaque rachat réduit donc ce montant pour l’année suivante.
Le prélèvement à la source n’est qu’une avance
Lors du rachat, l’assureur retient d’office 7,5 % sur la part de gains, sans tenir compte de l’abattement. Hélène verrait ainsi 300 € prélevés sur son premier retrait.
Pas d’inquiétude : cette somme reste une simple avance. L’année suivante, votre déclaration applique l’abattement, puis l’administration vous restitue le trop-perçu.
Demander une dispense
Votre revenu fiscal de référence d’il y a deux ans reste sous 25 000 € (50 000 € pour un couple) ? Vous pouvez alors demander une dispense. Elle se formule auprès de l’assureur, avant le rachat.
L’option pour le barème
Autre possibilité : soumettre vos gains au barème progressif. Cette option reste globale, pour tous vos revenus de capitaux de l’année. En pratique, elle n’intéresse que les foyers faiblement imposés.
Pour vérifier ces règles à la source, la fiche officielle de service-public.gouv.fr sur la fiscalité de l’assurance-vie détaille chaque cas.
Cinq leviers pour alléger vos retraits
- Calibrer le montant. Visez une part de gains proche de l’abattement, soit 4 600 € ou 9 200 € selon votre foyer.
- Enjamber le 31 décembre. Un retrait scindé sur deux années civiles mobilise deux abattements au lieu d’un.
- Choisir le bon contrat. Si vous en détenez plusieurs, rachetez d’abord celui dont la part de gains est la plus faible.
- Surveiller le seuil. Au-delà de 150 000 € de versements, un nouveau versement peut faire basculer une partie de vos gains à 12,8 %.
- Envisager l’avance. Ce prêt de l’assureur, adossé au contrat, ne constitue pas un rachat. Il reste toutefois payant et remboursable.
Les rachats programmés
Surtout, pensez rachats programmés. Ce service verse une somme régulière, par exemple chaque mois. Bien réglé, il transforme le contrat en complément de revenus peu fiscalisé.
Les unités de compte présentent un risque de perte en capital. Leur valeur fluctue avec les marchés, à la hausse comme à la baisse.
Un retrait réduit aussi le capital transmis au décès. Mesurez donc l’effet sur votre clause bénéficiaire avant d’agir.
De plus, le délai de versement d’un rachat peut atteindre deux mois. Le Haut Conseil de stabilité financière dispose en outre d’un pouvoir de suspension temporaire.
Enfin, la fiscalité décrite ici reflète la loi en vigueur en septembre 2026. Une loi de finances peut la modifier.
Pour qui cette mécanique compte-t-elle le plus ?
Montant, calendrier, contrat à solliciter : faisons le point ensemble sur votre situation.
Questions fréquentes
L’abattement de 4 600 € s’applique-t-il à chaque contrat ?
+
Non. Cet avantage, soit 4 600 € pour une personne seule ou 9 200 € pour un couple soumis à imposition commune, couvre tous les contrats du foyer. Il vaut pour une année civile. Le montant inutilisé ne se reporte jamais.
Faut-il faire un nouveau versement pour relancer les huit ans ?
+
Non. Le délai de huit ans court à partir de la date d’ouverture du contrat. Un versement récent sur un contrat ancien profite donc immédiatement de la fiscalité réduite lors d’un rachat.
L’abattement réduit-il les prélèvements sociaux ?
+
Non. L’abattement joue uniquement pour l’impôt sur le revenu. À l’inverse, les prélèvements sociaux de 17,2 % frappent la totalité des gains. Sur le fonds en euros, l’assureur les retient chaque année ; sur les unités de compte, au moment du rachat.
Pourquoi l’assureur retient-il 7,5 % alors que mon gain est sous l’abattement ?
+
Le prélèvement de 7,5 % opéré lors du rachat constitue un simple acompte. L’abattement intervient ensuite sur la déclaration, puis l’administration rembourse le trop-perçu. Sous un certain plafond de ressources, vous pouvez aussi demander une dispense avant le retrait.
Que se passe-t-il au-delà de 150 000 € de versements ?
+
Le seuil s’apprécie sur les versements non remboursés au 31 décembre précédent, tous contrats confondus. Au-delà de 150 000 €, l’administration taxe une fraction des gains récents à 12,8 % au lieu de 7,5 %. Elle calcule cette fraction au prorata des versements.
Sources
- Code général des impôts, articles 125-0 A et 200 A.
- BOFiP, BOI-RPPM-RCM-20-15, appréciation du seuil de 150 000 €.
- Service-public.gouv.fr, fiche F22414, mise à jour du 15 avril 2026.
- Direction générale des finances publiques, imposition des produits des contrats d’assurance-vie depuis 2018.
- Loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026.
Cet article a une vocation purement informative et pédagogique. Il ne constitue ni un conseil en investissement personnalisé, ni une consultation fiscale ou juridique. Les exemples chiffrés sont hypothétiques. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
L’investissement en unités de compte comporte un risque de perte en capital et un risque de liquidité. Toute souscription suppose la remise préalable et la lecture de la documentation réglementaire du contrat et des supports. La fiscalité dépend de la situation de chacun et peut évoluer.
Aeternia Patrimoine, SAS au capital de 1 000 €, RCS Bordeaux 844 761 809. Conseiller en investissements financiers (CIF) enregistré à l’ORIAS sous le n° 19000750, membre de la CNCGP, association agréée par l’AMF. Activité de courtage en assurance sous le contrôle de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR).





